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vendredi 17 septembre 2010

Benda Bilili : le miracle de la musique

Kinshasa, République Démocratique du Congo.

Tout commence il y a cinq ans lorsqu’au hasard d’une rue, deux passionnés de docu et de musiques urbaines tombent sous le charme d’un groupe de musiciens hors du commun. Ils sont là sur les trottoirs, sur leurs tonkars et leur fauteuil roulant customisé, entourés d’une foule de shégués, les gamins des rues. Le staff Benda Bilili. Papa Ricky, Coco, Juana, Theo Coude, et bientôt le petit Roger, 13 ans, parti de chez lui pour gagner sa vie. Presque tous, paraplégiques, handicapés, ils lancent dans la nuit chaude des airs de rumba congolaise aux paroles envoûtantes.

Ils utilisent les mots de leur réalité, de leur quotidien. Ils racontent les galères, la souffrance, la faim, mais surtout l’éternel espoir qu'ils trimballent dans leur vie, dans leur musique.

Des guitares rafistolées dont il ne reste parfois qu’une corde, des bouts de bois, d’une petite boîte de lait transformée à l’aide d’un fil sortent des sons prodigieux, entraînants. Le miracle de la musique qui vient de n’importe où, de n’importe quoi grâce au génie de quelques mélomanes à l’optimisme bouleversant.

Et malgré l’adversité, les difficultés quotidiennes, ils répètent, ils jouent, ils peaufinent leur musique dans le zoo de Kinshasa, jusqu’à croire en un album qui les sortira de la galère. Croire au miracle de la musique.

Des hommes dont le handicap s’efface peu à peu tant leur force éclate l’écran, leur humour incroyable, leur sagesse déconcertante ; les membres du staff nous invitent à les accompagner au-delà. Et sur leurs instruments de rien, ils composent des airs qui remuent les tripes et font danser les têtes.

Le film, miroir posé pendant cinq ans, résonne comme un conte véridique et formidable, filmé petite caméra au poing malgré les aléas, les revers et les péripéties, et dont on ne nous cache pas les ombres, tapies au second plan.

Aussi poignant qu’émouvant, le documentaire évite les écueils classiques du genre. Ni misérabilisme exotique, ni sentimentalisme facile, les images sont brutes, belles ; elles nous envoient ce qu’on ne nous montre, ce qu’on ne voit encore que trop rarement : un sublime message d’optimisme envoyé de l’Afrique à l’Afrique et au monde entier.


Film Annonce BENDA BILILI! envoyé par BendaBilili. - Regardez des web séries et des films.

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Benda Bilili, le film documentaire, sorti le 8 septembre 2010

Benda Bilili, Très très fort, album sorti en mars 2009

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Presse :

Libération : Un film hallucinant… un miracle. Un film qui dépote.

Les Inrockuptibles : L’histoire du groupe est édifiante, mais le film n’a pas besoin de l’être. […] ces images implacables sont arrachées au chaos, plutôt qu’à la compassion ou à la morale.

Le Monde : Ce formidable documentaire, (…) raconte (…) une success story aussi authentique que miraculeuse, qui vous soulève l’âme, vous fait danser le coeur, et vous fera même verser une petite larme, d’émotion et de joie mêlées.

Marianne : Une histoire (vraie) aussi prenante, énergisante que celle du Buena Vista Social Club de Wim Wenders (…).

Paris Match : Un film miraculeux à voir et à entendre.

TéléCinéobs : Petite communauté de dons Quichottes rêveurs et abîmés qui allient musique et bidouilles dans même un élan solidaire et salvateur. C'est aussi terrible que drôle et joyeux.

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Si avec tout ça, vous n’y courrez pas, le Comité de la Cuillère ne comprend pas ! A vos cinémas ! et bon dimanche !

dimanche 6 juin 2010

Gil Scott-Heron, poésie, musique et rédemption



Révolutionnaire sonore du XXe siècle, poète acoustique, précurseur du « spoken word soul » dans les années 60 qui influencera quelques années plus tard les débuts du rap et du hip hop, Gil Scott-Heron était dans les années 70-80 l’un des artistes qui résumait au mieux la condition noire américaine, de part sa verve, son activisme lyrique, et ses positions politiques.

Malheureusement la mort de sa mère, la consommation de cocaïne et de crack, l’alcool, et l’univers carcéral le plongèrent dans un cercle vicieux qui musela durant une décennie bien sombre cette icône de la musique.

Aujourd’hui resurgi d’entre les ombres après avoir écumé les tribulations que peuvent être celles de la vie d’un homme, il nous livre avec I’m new here une ultime perle musicale, intimiste et noire, qui semble épouser sous un certain brouillard de bas fonds les formes ambiguës et charnelles de la rédemption.
Cet album que certaines critiques ont qualifié de blues « post-modern » ne dure que trente minutes, alternant des passages de pure poésie et morceaux musicaux. Il rejoint sous beaucoup d’aspects les premiers enregistrements de l’artiste, mais ce dernier ne s’adresse plus aux foules, il ne s’adresse plus à la fierté noire, il s’adresse à lui-même, à son âme brisée par le désert.

Le vrai tour de force de cette production est en fait de mettre ce vétéran américain en proie à la délivrance dans un univers musical tantôt d’avant-garde, de sonorité moderne, tantôt de pure soul où chancelant du haut de ses 60 printemps, Gil Scott-Heron frappe encore le fond de l’oreille d’une rhétorique maîtrisée, et toujours acérée.

« Me and the Devil » cristallise en ce sens cette nouvelle démarche musicale. Trois minutes et trente trois secondes, soit un demi-Lucifer, d’une ambiance sombre et angoissante, faite de chaînes et de barreaux entrechoqués, où la voix de Gil Scott Heron rencontre la magie du clavier de Damon Albarn (Gorillaz, The Good, the Bad and The Queen) sur un papier peint par les tribulations d’un junkie.

Concrètement, cet album est un objet sonore qui vibre d’une manière unique et sur lequel on mérite de s’y attarder tant l’univers musical est humain, poignant. Si l’artiste y trouve ici une manière de se repentir d’un passé sombre et sans fierté, il trouve aussi le temps d’expliquer à une jeune génération que les monstres sacrés ne meurent

jamais et ont encore bien des leçons à donner tant sur le plan du salut musical que sur la vie en général.




Let the poet speak...


samedi 6 mars 2010

Ravel, sublime lecteur... Ondine, féerique lecture...



Ravel n'est heureusement pas qu'un boléro...


D'ailleurs ce boléro, tant de fois acclamé, tant de fois écouté, réécouté, commence, dans sa grandeur, à perdre de son lustre. C'est peut être la malédiction des choses trop aimées...

Ravel, compositeur sublime, est aussi un artiste attentif, curieux, alchimiste. Les œuvres qui l'entourent, il s'en nourrit et les aspire jusqu'à expulser de son sein une lecture grandiose.

Ravel, ce lecteur.
Mallarmé, Poe, Baudelaire... mais aussi Perrault et Aloysius Bertrand. Ravel est l'un des rares artistes à avoir - avec tant de sensibilité et de virtuosité - correspondu avec les plus grands esprits littéraires.

Prenez cette si belle "Ondine", de Gaspard de la Nuit, Aloysius Bertrand.

- " Écoute ! - Écoute ! - C'est moi, c'est Ondine qui frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ; et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi.

" Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le
triangle du feu, de la terre et de l'air.

" Écoute ! - Écoute ! - Mon père bat l'eau coassante d'une branche d'aulne verte, et mes sœurs caressent de leurs bras d'écume les fraîches îles d'herbes, de nénuphars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne ! "


*
Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son anneau à mon doigt pour être l'époux d'une Ondine, et de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.

Et comme je lui répondais que j'aimais une mortelle, boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa un éclat de rire, et s'évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches le long de mes vitraux bleus.

***


Ces appels de sirène, son charme taquin. Voyez l'apparition hallucinante de cette fée, reine des gouttelettes et des carreaux. Vision poétique, fantastique: la féerie des Contes revient nous hanter lors des nuits humides.

Ceci étant fait... glissez-vous maintenant dans l'oreille de Monsieur Ravel, et relisez Ondine avec ses propres yeux...



Les correspondances, prenez le mot comme bon vous semble, sont magnétiques, touchantes. Le ton est sincère, les accents sublimes. La technique et l'écriture, les effets, tout concourt à placer entre les œuvres une passerelle invisible, et pourtant brillante.


Le comité de la Cuillère

PS: parce qu'on aime à se remémorer nos jours enfantins du haut de nos yeux nostalgiques, voici comment Ravel nous raconterait l'histoire de la Belle au Bois Dormant, piano ou orchestre, qu'importe l'instrument pourvu qu'on ait l'ivresse du conte et la féerie de l'enfance...